Le gouvernement met aux enchères ce mardi de nouvelles fréquences de réseau 5G et espère que le déploiement de ce service va s'accélérer dans le pays d'ici 2021. Alors que les quatre opérateurs dépensent de grosses sommes pour les acquérir, quelles seront les conséquences de la 5G sur le prix des forfaits et des téléphones dédiés ? Ne quittez pas, MoneyVox fait le point.

Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free sont dans les starting-blocks : pour au moins 2,2 milliards d'euros, l’Etat met en vente ce mardi 110 Mégahertz de fréquences en vue du lancement de la 5G. Pour garantir l'équilibre du marché, l'Arcep, régulateur français des télécoms qui encadre ces enchères, a décidé qu’un opérateur ne pourrait pas totaliser plus de 100MHz. L'enjeu économique est de taille. Cette technologie permet des débits jusqu'à 10 fois plus élevés qu'aujourd'hui pour toujours plus de datas consommés (vidéo, jeux) et de connexions simultanées.

Car, là où la première génération de portables permettait de téléphoner, où la 2G a démocratisé le texte, où la 3G a développé la photo et la 4G accompagné l'essor des smartphones, la 5G promet une révolution dans les domaines de l’industrie (ville intelligente, usine ou agriculture connectée), des voitures autonomes ou du médical (opération à distance par exemple). Et pour le consommateur, quel sera le prix de cette « révolution » ? Avec un forfait moyen de 12 euros par mois pour des appels illimités et 50 Go de data, la France est actuellement un pays abordable pour le mobile. Néanmoins, selon une étude de 2019, les Français seraient prêts à payer 9 euros de plus par mois pour la 5G...

La 5, comment ça marche ?

La 5G nécessite le déploiement de nouvelles antennes-relais pour assurer la diffusion de deux nouvelles bandes de fréquence : la 3,5 GHz et la 26 GHz qui utilise une partie du spectre des ondes radio. Sa première version pourrait se lancer d’ici fin 2020 en France métropolitaine notamment sur la nouvelle bande de fréquences 3,5 GHz, explique l'Arcep. Ultérieurement, le gendarme des telecoms préparera l’attribution de la bande de fréquences 26 GHz, qui possède des propriétés intrinsèquement différentes des autres bandes de fréquence.

Quel téléphone pour la 5G ?

Changer de téléphone ne sera pas obligatoire avec la mise en place de la 5G puisque les réseaux se superposent. Mais les opérateurs téléphoniques comme les développeurs d'applications espèrent créer le besoin par la nouveauté. Alors, pour ceux qui voudraient profiter de la 5G, « il faudra s’équiper », concède l’Arcep. Dans le monde, la majorité des grands constructeurs de mobiles commercialisent déjà des téléphones compatibles avec la 5G. Sur le marché français on trouve une petite vingtaine de modèles, principalement des Samsung et des Huawei. Ceux-ci sont vendus entre 100 et 200 euros plus chers que leur équivalent 4G dans une fourchette qui oscille de 800 à 2 020 euros malgré des premiers prix autour de 400 euros.

La future version de l’iPhone d’Apple attendue en France pour octobre pourrait être compatible 5G alors que la firme chinoise Xiaomi a présenté cette semaine un modèle compatible à 299 euros et que Google propose ses futurs modèles 5G autour de 600 euros.

Faut-il succomber ? « A part améliorer un peu la vitesse de connexion et réduire les temps de téléchargement, la 5G n’apportera pas grand-chose au consommateur. Pour voir apparaître des services vraiment innovants, il faudra une évolution des infrastructures qui n’est pas attendue avant 2023 », tranche l’UFC-Que Choisir dans une étude publiée début septembre.

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Pour le consommateur, « il faut observer si les offres correspondent à la réalité », prévient Olivier Gayraud qui rappelle qu’une partie (moins de 5%) du territoire n’est toujours pas couverte par la 4G en 2020 malgré l’engagement des opérateurs et les différents rappels à l’ordre effectués par les autorités. « Avant de changer de téléphone, la capacité à déployer la 5G sur l’ensemble du pays est l’enjeu le plus important pour le consommateur qui, en plus d’être soumis à un matraquage commercial et à des prix élevés pourraient ne pas bénéficier d'un service à hauteur de ce qu’il paye chaque mois », alerte le juriste de de l’association de consommateurs CLCV.

Quel forfait pour la 5G ?

Fréquences, infrastructures… les opérateurs engagent des sommes importantes dans le déploiement de la 5G. Pour rentabiliser leur investissement, les parts de marché vont se disputer âprement. Une situation à double tranchant pour le consommateur qui peut payer les pots cassés de cette dépense originelle ou profiter du « contexte concurrentiel » entre Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free, explique Olivier Gayraud. A son arrivée sur le marché en 2011, l’entreprise de Xavier Niel avait fait chuter les prix puis évité une hausse des factures au lancement de la 4G en maintenant ses montants mensuels. « Si un opérateur fait pareil pour la 5G, l’impact sur le prix des forfaits pourrait être limité », juge le juriste de la CLCV.

Les opérateurs pourraient aussi être tentés de relancer des offres couplées - téléphone et forfait - à l'heure où le sans engagement est devenu la norme. Un procédé déjà utilisé par Bouygues Telecom en juin dernier avec ses forfaits « 5G compatibles » : un engagement de 24 mois, terminal adapté compris, jugées cher « (41,99 euros par mois le forfait 60 Go, 48,99 euros le 90 Go et 69,99 euros le 120 Go) et sans intérêt » par l'UFC-Que Choisir. « Ces ventes tout compris entretiennent le flou sur la valeur réelle du produit », dénonce Olivier Gayraud.

Les multiples débats de la 5G

Selon un sondage Ifop commandé en septembre, plus de 6 Français sur 10 soutiennent le déploiement de la 5G. Mais cette adhésion n’annule pas les nombreuses questions suscitées par le sujet : « La problématique de la collecte massive de données personnelles et l’impact environnemental de l’usage de la 5G arrivent nettement devant les effets délétères sur la santé supposés de cette technologie », explique Jean-Philippe Dubrulle directeur d’étude à l’Ifop. Ainsi, Bouygues et SFR ont remplacé le Chinois Huawei, dénoncé aux Etats-Unis pour risques d’espionnage, par les groupes européen Nokia et Ericsson pour la construction de leur infrastructure.

Par ailleurs, le gouvernement a décidé de poursuivre le déploiement de la 5G malgré la demande d'un moratoire par 70 personnalités politiques et la publication prévue pour mars 2021 d'un rapport de l'Anses. Sa version préliminaire avait conclu à un manque données scientifiques pour un rendre un avis sur les conséquences écologiques et sanitaires des nouvelles fréquences déployées.