La ministre de la Recherche Frédérique Vidal a promis lundi devant l'Assemblée un « nouveau chapitre » pour la recherche française et des « moyens massifs et inédits », après une « décennie perdue », en ouverture des débats sur le projet de loi de programmation de la recherche (LPPR).

Au coup d'envoi de cette première lecture, la ministre a commencé par dresser un état des lieux très sombre de la recherche, qui « étouffe ». « Le compte n'y est pas, nous pouvons parler d'une décennie perdue », a-t-elle lancé.

« Notre communauté scientifique se sent parfois abandonnée ». Il n'y a « pas assez d'investissements, de moyens, de visibilité, trop peu de temps pour la recherche, trop peu de postes, trop de charges administratives », a-t-elle listé, jugeant que « nous sommes dos au mur ».

Avec la LPPR et les 25 milliards d'euros d'investissements promis de 2021 à 2030, « il s'agit de commencer un nouveau chapitre » et de « restaurer notre souveraineté scientifique », avec « le plus grand mouvement d'investissements en faveur de la science depuis la fin des années 50 », a vanté Mme Vidal.

Maintes fois reporté, fruit de longs mois de discussions et d'auditions, le projet de loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) avait été mis sur les rails par l'ancien Premier ministre Edouard Philippe en février 2019.

Il est rejeté par les syndicats qui critiquent une réforme « en trompe-l'œil » et craignent la « précarisation » du statut des chercheurs avec la création de nouvelles voies de recrutement : des chaires de professeurs juniors et des « CDI à mission scientifique » censés remplacer les CDD à répétition, mais prenant fin avec le projet de recherche auquel ils sont associés.

Devant le Palais Bourbon, environ 200 personnes se sont rassemblées en parallèle derrière une pancarte « Stop LPPR Précarité - Facs Labos en Lutte » et des drapeaux CGT/NPA/SNESUP/PRCF.

« Je suis très inquiète pour le financement de la recherche et l'avenir des jeunes chercheurs », expliquait à l'AFP Alix Boulouis, 37 ans, enseignante et chercheuse en biologie à la Sorbonne.

« Avec la LPPR on s'oriente vers des missions de projet de 3 à 5 ans. Or la qualité de la recherche n'est pas compatible avec une limite de temps », argumentait-elle.

Dans l'hémicycle, la cheffe du groupe socialiste Valérie Rabault a défendu en vain une motion de rejet du projet de loi, en soulignant « la grande déception » des chercheurs.

Elle a reproché au gouvernement un « mensonge budgétaire », en estimant que ce texte ne permettrait pas à la recherche publique d'atteindre 1% du PIB en 2030 comme il le prétend. Les socialistes comptent présenter un contre-projet mardi.

La droite LR a soutenu la motion socialiste, rejetée par 50 voix contre 15.