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Le Royaume-Uni négocie un emprunt obligataire à taux négatif, une première

drapeau royaume uni
© Vladimir Wrangel - Fotolia.com

Le Royaume-Uni a négocié mercredi un emprunt obligataire avec, pour la première fois, un rendement négatif, profitant d'un environnement de taux très bas et du statut de valeur refuge des obligations en pleine pandémie.

Le pays a émis pour 3,8 milliards de livres d'obligations à échéance 2023, à un taux de -0,03%, selon l'agence britannique de gestion de la dette (Debt Management Office).

« L'histoire a été écrite aujourd'hui » et le Royaume-Uni « rejoint d'autres pays européens dans le camp des taux d'intérêt négatifs », note Edward Moya, analyste chez Oanda.

Un taux négatif lors d'une émission signifie que les créanciers se verront rembourser à terme une somme inférieure à celle prêtée à l'Etat.

Mais cette perspective est loin de décourager les investisseurs qui cherchent des placements sûrs, les obligations d'Etat pouvant faire figure de valeur refuge face aux actions, jugées plus risquées.

Les investisseurs se servent de ces placements comme d'une sorte de coffre-fort pour protéger leur argent.

Ils peuvent en outre avoir l'espoir que ces titres soient recherchés et prennent de la valeur pour pouvoir les revendre et faire une plus-value avant échéance.

Enfin, les fonds d'investissement sont le plus souvent obligés de détenir une grande part d'actifs sûrs et parmi les mieux notés auprès des agences de notation, ce qui les pousse à acheter des obligations souveraines, même si elles ne rapportent rien.

Pour cette émission obligataire du Royaume-Uni, la demande des investisseurs a d'ailleurs atteint plus de 8 milliards de livres.

Le pays a déjà émis des billets de trésorerie à court terme (un mois) à taux négatif, pour la première fois fin 2016. C'est une première sur des obligations, soit des titres de dettes à échéance de 2 ans ou plus.

Et sur le marché secondaire, où s'échange la dette déjà émise, les obligations à échéance 2 et 3 ans sont en taux négatifs.

Tous les taux obligataires sont tirés vers le bas par les politiques monétaires ultra-accommodantes des banques centrales dans le monde, avec des injections de liquidités massives face au choc économique consécutif à la pandémie.

La Banque d'Angleterre (BoE) a abaissé son taux à 0,1% au plus bas historique et certains de ses membres évoquent même l'hypothèse d'un taux négatif pour relancer la machine économique : cela encouragerait les banques à prêter au risque de perdre de l'argent en le laissant en dépôt auprès de l'institut monétaire.

Un nouvel assouplissement monétaire pourrait être nécessaire pour revigorer l'inflation, qui a fortement ralenti à 0,8% sur un an en avril, en raison de la chute du pétrole, loin de l'objectif de 2% de la BoE.

L'institution monétaire a en outre musclé son programme de rachats d'actifs, dont des obligations de l'Etat britannique.

Pour les finances du pays, cette faiblesse des taux et l'aide de la BoE sont une bonne nouvelle puisque les mesures de soutien à l'économie coûtent très cher et font exploser le déficit public et la dette.

« Le coût de l'emprunt dans ce pays est une composante majeure de la transmission de la politique monétaire », a rappelé mercredi Andrew Bailey, gouverneur de la BoE.

« Le gouvernement est dans son rôle en empruntant face à cette crise et il va y avoir des conséquences sur la dette mais ce n'est pas l'objectif de la Banque d'Angleterre de financer le gouvernement », a-t-il dit devant la commission du Trésor de la Chambre des communes.

C'est la raison pour laquelle la BoE se contente d'acheter des obligations sur le marché secondaire et non pas directement lors des émissions de dette.

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