Devez-vous conserver tout votre salaire, en début de mois, sur votre compte bancaire ? Prévoir un matelas plus important ? Ou piloter votre compte au jour le jour ? Quelques conseils pour éviter les mauvaises surprises.

Conserver un matelas de 2 à 4 mois de salaire, minimum, sur un Livret A ou un Livret d’épargne populaire au titre de l’épargne de précaution : cette règle est largement partagée par les banques, les associations de consommateurs ou autres conseillers en gestion de patrimoine. Objectif : prévenir les coups durs et les dépenses imprévues. Quid de l'argent à conserver sur le compte bancaire ?

Anticiper un matelas de sécurité sur le compte courant a un seul et unique objectif : éviter le découvert imprévu. A l’inverse, laisser de trop gros montants s’accumuler votre compte représente une « perte d’opportunité », puisqu’il s’agit d’argent que vous pourriez épargner. Entre les deux, où situer le curseur ?

Calculer ses charges récurrentes et son « reste à vivre »

La règle de bon sens vise à couvrir les dépenses mensuelles : identifier les dépenses récurrentes, calculer les montants octroyés chaque mois à vos différents postes budgétaires, à l’aide de votre relevé bancaire, et calculer ainsi le montant à conserver sur votre compte pour vous permettre de passer un mois sans inquiétude.

Plus concrètement, cela nécessite d'établir votre « reste à vivre ». Le principe : soustraire les charges fixes et les remboursements de crédit du montant total de vos ressources mensuelles. Dans les charges fixes, veillez à être exhaustif : loyer éventuel, électricité, eau, chauffage, abonnements internet et téléphone, impôts, assurances, mutuelle, transport, frais de garde et de scolarité… Pour anticiper au mieux ces dépenses, il est conseillé de les mensualiser.

Ce reste à vivre doit ensuite vous permettre de couvrir les dépenses d’alimentation, de vêtements, de loisirs, etc. L’argent conservé chaque mois sur votre compte courant doit ainsi, d’une part, couvrir les charges mensuelles et, d’autre part, être suffisamment élevé pour que le reste à vivre soit à la hauteur de vos dépenses habituelles en nourriture, habillement et loisirs.

Plus d’infos : Comment déterminer votre « reste à vivre »

Le reste à vivre peut être calculé « à la main » ou via des applications dédiées. Maxime Pekkip, responsable de la prévention au sein de la Fédération Crésus (1), préfère une application telle que PiloteBudget (sur Google Play ou iTunes) aux applications bancaires : « Le problème des banques en ligne, c’est qu’elles ont une vision autour du solde du compte, alors qu’il est important de conserver son reste à vivre à l’esprit. » Gratuite et proposée par l’Ansa (2), l’appli PiloteBudget se concentre justement sur le budget hebdomadaire, mensuel, et le reste à vivre.

Un mois de salaire minimum ? Oui, mais…

La méthode « standard » vise donc à calculer ses charges récurrentes, le montant habituel des dépenses non récurrentes (alimentation, loisirs…), et à démarrer chaque mois avec au minimum la somme correspondante. Bref : un mois de dépenses.

« Tout dépend de sa capacité d'épargne »

Une vision plus simple peut consister à démarrer chaque mois avec un mois de revenus. Mais cette solution ne convient pas aux ménages aux revenus fluctuants : professions libérales, activités indépendantes, associés de sociétés, etc. Conseiller en gestion de patrimoine, Yves Gambart de Lignières préconise un « montant à conserver en trésorerie, tout compris, compte courant et livrets d’épargne » : des « liquidités » utilisables immédiatement.

« Tout dépend de sa capacité d’épargne, la différence entre revenus et dépenses, et de son train de vie… J’ai des clients avec des revenus réguliers qui dépensent peu et qui sont en appartement, donc avec des frais d’entretien ‘‘encadrés’’ : pour ceux-là, un mois de trésorerie suffit… voire moins. » Yves Gambart de Lignières préconise un plus gros matelas pour des ménages aux revenus instables et logés en maison, avec des « frais plus aléatoires ». Bref : du cas pas cas. La problématique du client patrimonial est de piloter sa trésorerie au plus juste pour éviter d’avoir à piocher sur ses placements à long terme (assurance vie, épargne salariale, actions…).

Un matelas et de l'épargne de précaution avant d'investir

Maxime Pekkip, de Crésus, insiste lui sur l’importance de placer l’épargne au bout du calendrier mensuel : « Si vous touchez 2 000 euros par mois, et qu’il vous reste 200 euros sur cette somme en fin de mois, après avoir éclusé toutes vos dépenses, récurrentes ou non, alors vous pouvez épargner ces 200 euros. Car un découvert, même autorisé, coûte plus cher que ce que peuvent rapporter les intérêts d’un placement bancaire. » Il déconseille ainsi tout prélèvement régulier sur le compte courant à destination d’un produit d’épargne : « Nous avons vu, à Crésus, des ménages surendettés alors qu’ils épargnaient régulièrement, sous forme de prélèvement. » Il préfère des virements, occasionnels ou récurrents, plus facilement modifiables que les prélèvements en cas de difficulté budgétaire ponctuelle.

Epargner le surplus de fin de mois permet aussi d'« éviter d’être tenté de piocher dedans », comme le glisse le service presse du Crédit Agricole.

Résumons : environ un mois de dépenses (récurrentes et non récurrentes) à conserver sur son compte courant. Ensuite, il est conseillé de placer l’équivalent de 2 à 4 mois de revenus sur le Livret A, le LDDS ou le LEP, pour l’épargne de précaution, disponible à tout moment en cas de coup dur. Au-delà, vous pouvez investir sur des placements à moyen ou long terme (assurance vie, épargne salariale, immobilier, etc.).

Lire aussi : Combien faut-il épargner chaque mois, en théorie ?

Un matelas équivalent au découvert autorisé

Au-delà des nécessaires calculs budgétaires, Maxime Pekkip, livre un conseil plus simple : « Conserver au minimum un matelas équivalent à celui de votre autorisation de découvert. » Découvert autorisé de 500 euros ? « Gardez un solde de 500 euros sur votre compte bancaire », insiste le chargé de mission de Crésus. Un matelas à conserver en permanence, donc, pas uniquement en début de mois. Objectif : « Eviter à tout prix le découvert, même autorisé, qui ne doit être utilisé qu’en dernier recours. » Ce matelas de sécurité a ainsi vocation à se substituer au coûteux découvert.

Plus généralement, une gestion de budget efficace nécessite d’identifier les dates de prélèvements ou de virements récurrents, afin d’anticiper les difficultés. D'éviter d'émettre trop de chèques, aux dates d'encaissement incertaines. Et de consulter régulièrement le solde de votre compte bancaire.

Trop d’argent sur les comptes courants : vers une taxation ?

Les Français ont actuellement plus tendance à se détourner de l’épargne… pour accumuler les deniers sur leur compte bancaire. Sur les six premiers mois de 2019, les Français ont ajouté plus de 29 milliards d’euros à leurs comptes courants ! Contre 23 milliards d’euros de collecte nette sur les placements bancaires (livrets, épargne logement…).

Mais attention : dans le contexte de taux – très – bas, les établissements financiers s’apprêtent à répercuter sur les particuliers les taux négatifs de la Banque centrale européenne (BCE). En résumé : taxer les dépôts. Pas de panique : pour l’heure, cela ne concerne qu’une poignée d’enseignes, en Europe, et uniquement pour des montants très élevés : en Allemagne, en Suisse, au Danemark, pour les dépôts qui dépassent 100 000 voire 1 million d’euros. Et les groupes bancaires avancent à tâtons sur le sujet, à l’image d’UniCredit : le groupe italien a évoqué un seuil de 100 000 euros de dépôts, avant d’annoncer des taux négatifs pour les clients dont les avoirs dépassent 1 million d’euros. Le gouverneur de la Banque de France François Villeroy de Galhau a lui affirmé que les banques ne taxeront pas les dépôts des « particuliers habituels ».

Lire aussi : Comment les banques se préparent à taxer les dépôts

(1) Fédération des chambres régionales du surendettement social.

(2) Agence nouvelle des solidarités actives. L’appli PiloteBudget a été élaborée, entre autres, avec l’association Cerise, le Crédit municipal de Paris, Les Clés de la banque (FBF), le portail Mes questions d’argent, etc.