Lendopolis ne sera bientôt plus le seul, parmi les principaux acteurs du crowdlending, à imposer aux prêteurs un compte à l’étranger. D'ici le mois de mai, les portes-monnaies électroniques des clients vont tous basculer d'Ingenico à Mangopay, dont les comptes sont hébergés en France. L’enjeu : simplifier les transactions, et améliorer son image.

Fini, le temps des comptes à l’étranger. L’an passé, cBanque avait relayé l’émoi des prêteurs de Lendopolis, découvrant que leurs opérations transitaient par Ingenico. La solution de porte-monnaie électronique de cette société étant basée en Belgique, chaque client se retrouvait malgré lui détenteur d’un compte étranger.

« Lorsque nous nous sommes lancés, l’offre de solutions n’était pas aussi large », précise Vincent Biot, directeur financier de Lendopolis. « Mais nous réfléchissions à l’opportunité de basculer vers un prestataire français. » Depuis, le panel de prestataires s'est étoffé. Lendopolis s’est donc tourné vers Mangopay, filiale du Crédit Mutuel Arkéa. Certes, Mangopay est basé au Luxembourg, mais les fonds transitant par cette solution sont inscrits dans les livres du Crédit Mutuel Arkéa, en France, ce qui résout le problème de la déclaration de comptes à l'étranger.

Une question d’image ?

Pour l’entreprise, l’avantage est d’abord technique. « Nous sommes assujettis à l’obligation de faire remonter d’éventuelles tentatives de fraudes. Mangopay a fait des efforts appréciables pour développer des outils de transmission et d’analyse des informations. » Lendopolis a également estimé qu’« à moyen terme, Mangopay était plus à même d’accompagner notre développement vers des prêts réunissant 1.000 ou 1.500 investisseurs. »

Mais changer pour un partenaire français, c’est surtout une question d’image. Ces derniers mois, l’ensemble des acteurs du crowdlending ont ainsi rapatrié les comptes de leurs clients. À l’image de Lendix, qui s’appuyait comme Lendopolis sur Ingenico, et dont les comptes clients arborent désormais le pavillon français. « Le fait d’être la dernière plateforme française à faire appel à un prestataire étranger a joué dans notre décision », confirme Vincent Biot.

Peu de changement

Pour les clients, les changements seront minimes. Ainsi, contrairement à ce qu’a pu laisser entendre un mailing maison, Vincent Biot signale que « les opérations n’iront pas plus vite » : « En zone SEPA, la vitesse d’exécution des virements est normalisée. » Une évolution notable : pour ceux qui alimentent leur compte par virement, le process sera simplifié. « Aujourd’hui, il fallait faire un virement vers un compte global, et nous indiquer la référence. Ce qui a pu créer quelques petits soucis. Désormais, chaque compte aura son IBAN propre, le virement sera direct. »

Autre changement : l’interface d’alimentation du compte « sera plus ergonomique, notamment sur mobile ». Mais dans l’avenir, Lendopolis n’exclut pas de s’appuyer sur Mangopay pour développer « de nouveaux services innovants à destination de l’utilisateur ».

Jusqu'à 160 € de prime à l'ouverture grâce à notre comparatif de banques en ligne

Inutile de refuser

Depuis mi-février, Lendopolis informe donc ses clients, pour les inviter à valider en ligne le transfert de leurs capitaux, et les conditions générales du compte de paiement Mangopay. À ce jour, 3.200 clients, soit 75% des prêteurs, ont donné leur accord. « Nous avons commencé une première phase de migration de ces clients. Dans le même temps, nous allons continuer à relancer ceux qui n’ont pas répondu. » Que se passera-t-il pour ceux qui n’ont pas réagi avant la bascule totale, en mai ? « Ingenico clôturera les comptes, et versera aux clients les sommes présentes. Les nouveaux remboursements de prêt seront conservés sur un compte spécifique, jusqu’à ce que le client se manifeste auprès de nous. » À terme, c’est la règle des comptes en déshérence qui s’appliquera.

Et pour ceux qui refusent le changement ? S’il confirme que « c’est leur droit », Vincent Biot balaye l’idée que cela permettrait de récupérer l’ensemble de ses capitaux actuellement prêtés. « Les remboursements continueront jusqu’aux dernières échéances, mais seront alors versés sur le compte bancaire du client. Et la personne ne pourra plus prêter dans le futur. »

Trois personnes ont manifesté leur refus. « Ce sont plutôt des clients qui ne sont pas contents du service », glisse Vincent Biot. Car le directeur financier le concède : ce changement intervient dans un contexte sensible, après plusieurs retards et défauts de remboursement d’entreprises, ces dernières semaines…