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Plan d'épargne salariale : comment revoir ses placements

  • Par
Olivier de Fontenay, d'Eres
Olivier de Fontenay - DR

Vous possédez un plan d’épargne salariale ? Alors vous venez ou vous allez très prochainement recevoir votre relevé annuel. L’occasion de faire le point sur l’évolution de votre épargne. Pas si facile : à la différence d'un livret, il faut éplucher votre relevé pour comprendre la répartition de vos avoirs, et pour analyser les performances des fonds que vous avez choisis. Olivier de Fontenay, associé fondateur de la société de gestion et de conseil Eres, livre ses recommandations pour établir ou revoir votre allocation d’actifs.

Un salarié peut-il être surpris du fonctionnement de son plan d’épargne salariale ?

Olivier de Fontenay : « Oui. Il y a 11 millions de porteurs d’épargne salariale en France (1). Pour nombre d’entre eux, il s’agit du premier placement réclamant un choix de leur part, puisqu’ils ne possèdent alors qu’un Livret A, voire un PEL ou une assurance-vie en euros. Or, avec le Plan d’épargne entreprise (PEE), ils doivent sélectionner des FCPE (fonds communs de placement d’entreprise). Il y a effectivement un mélange de surprise et de méconnaissance. Bien souvent, même les représentants du personnel ne savent pas ce qu’est un fonds monétaire ou un fonds actions ! Fort heureusement, le DICI (document d’information clé pour l’investisseur) précise aujourd’hui clairement le niveau de risque de chaque fonds, ce qui permet d’aider les salariés dans leur sélection. Il existe sinon trois manières de simplifier leur choix : restreindre le nombre de fonds disponibles, opter pour un fonds multi-gestion [un FCPE investi dans d’autres fonds gérés par plusieurs sociétés de gestion, NDLR] comme le propose Eres, ou la gestion pilotée comment c’est désormais le cas par défaut sur le Perco (Plan d’épargne pour la retraite collectif). »

Cette surprise intervient à l’heure de la première allocation, ou à la réception du premier relevé annuel…

O. DF. : « Souvent, les bénéficiaires prennent le choix par défaut. S’ils n’indiquent pas leur volonté concernant la participation [et, depuis 2016, pour l’intéressement, NDLR], l’argent est versé sur le PEE et l’allocation d’actifs par défaut s’applique. Or, dans 95% des cas, le choix par défaut, c’est le fonds le moins risqué : du monétaire ou de l’obligataire [près de la moitié des versements sont actuellement effectués sur des fonds monétaires selon une étude récente d’Amundi, NDLR]. Or le FCPE monétaire n’est pas pertinent pour un placement ayant un horizon de 5 ans [durée minimale de détention sur le PEE, sauf cas de déblocage anticipé, NDLR]. En 2016, sur 60 fonds monétaires que nous avons étudiés, 29 sont déjà en négatif ! Raison pour laquelle nous conseillons aux entreprises et représentants du personnel d’informer les salariés sur ce sujet. »

Sur une assurance-vie multisupports, les épargnants vont chercher la sécurité avec le fonds en euros. N’est-ce pas la même chose avec le fonds monétaire sur le PEE ?

O. DF. : « Effectivement. Mais, longtemps, les fonds euros présentaient le triple avantage de la garantie en capital, de la performance et de l’effet cliquet [les gains d’une année sont définitivement acquis, et participent à la performance de l’année suivante, NDLR]. Aujourd’hui, le fonds monétaire ne présente aucun de ces trois atouts ! Il est effectivement peu risqué dans le sens où les performances sont très proches de zéro mais, actuellement, il perd de l’argent, petit à petit. »

Comment sécuriser son argent sur un plan d’épargne salariale ?

O. DF. : « Il faut réfléchir en horizon de placement ! Si vous comptez achetez votre résidence principale dans les mois qui viennent, et débloquer votre épargne salariale à cette occasion, alors oui, il faut investir sur du monétaire. Sinon, il faut investir sur des fonds à l’horizon plus lointain [le DICI du fonds précise une durée de placement recommandée, ou une durée minimum conseillée, tout comme le descriptif du fonds généralement annexé au relevé annuel, NDLR]. »

Un détenteur de plan reçoit son relevé annuel, et constate qu’il a perdu de l’argent en 2015. Comment doit-il réagir ?

O. DF. : « Le relevé, c’est uniquement une photo de la performance des fonds au 31 décembre ! Il ne faut pas se précipiter. Le bénéficiaire doit se baser sur d’autres informations s’il veut revoir la répartition de ses placements. Il faut regarder les performances sur le plus long terme : dans le relevé, les gestionnaires indiquent généralement les historiques sur 3 ou 5 ans. Cela figure aussi sur le DICI. Et il faut se poser la question de l’horizon de placement, à la lueur de cet historique. »

Le choix étant souvent restreint à 5 ou 6 fonds : comment allier performance et sécurité ?

O. DF. : « Le principal critère de choix, c’est l’horizon de placement. Ensuite, vous pouvez échelonner vos versements pour niveler les performances. En versant 100 euros chaque mois sur plusieurs fonds, vous minimisez les risques puisque vous achetez au plus fort comme au plus faible. »

Mais cela suppose d’effectuer des versements volontaires, hors intéressement et participation…

O. DF. : « Vous pouvez aussi verser l’intéressement ou la participation sur un fonds monétaire, puis arbitrer chaque mois sur un autre fonds, afin de ''moyenniser'' la performance. Cela réclame une gestion plus active qu’à l’accoutumée sur un PEE, puisque les détenteurs n’arbitrent pas, ou très peu. »

La problématique est-elle la même sur un Perco, à l’horizon plus lointain (la retraite) que le PEE ?

O. DF. : « Sur le Perco, la gestion pilotée est désormais l’option par défaut : c’est une très bonne chose ! Puisque cette gestion pilotée prévoit un désengagement progressif des fonds les plus risqués, au fur et à mesure que le détenteur approche de l’âge de la retraite. Par ailleurs, de nombreux bénéficiaires ont déjà choisi cette gestion pilotée [un quart des salariés ont opté pour la gestion pilotée dans le Perco selon les statistiques de l’AFG, NDLR]. »

Si un salarié a un profil d’investisseur averti et qu’il se sent frustré par le faible panel de fonds disponibles sur son plan, a-t-il une solution ?

O. DF. : « Dans les petites entreprises, le bénéficiaire le plus averti est souvent le décideur : il peut agir et éventuellement décider de changer de gestionnaire. Si cet investisseur averti est salarié, il peut solliciter sa direction ou les représentants du personnel pour leur demander d’étoffer la gamme de fonds. Après, il faut tout de même se rendre compte que l’épargne salariale permet d’avoir accès à des fonds à moindre frais que via une assurance-vie ou un compte-titres souscrits dans une banque : d’une part le FCPE s’avère généralement moins coûteux qu’un OPCVM vendu au détail, car les frais sont négociés par l’entreprise, d’autre part les frais de gestion du plan sont pris en charge par l’entreprise. »

Lire aussi : Comment lire son relevé annuel d’épargne salariale

(1) Selon les statistiques de l'Association française de la gestion financière (AFG).

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© cbanque.com / Propos recueillis par BL / Février 2016

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