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Forex et options binaires : les tests de l'AMF dévoilent des « pratiques douteuses »

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Un cours de bourse flou
© James Thew - Fotolia.com

« Si vous avez la possibilité d’augmenter le capital dans la journée, ce serait bien. » Voici comment certains « coachs » de sites de trading spéculatif relancent les particuliers se risquant à investir sur le Forex ou les options binaires selon l’Autorité des marchés financiers. L’AMF a mené une campagne de « visites mystère » pour illustrer les risques que représentent ces sites. Récit.

Un visiteur mystère, censé être néophyte en matière de trading, s’inscrit en décembre 2014 sur une vingtaine de sites vantant les mérites de l’investissement sur le Forex ou les options binaires, sélectionnés « parmi les plus visibles pour les internautes français » (1). L’AMF a posé une contrainte à cet internaute « mystère » pour cette expérience : interdiction de livrer ses coordonnées de carte bancaire. L’Autorité lui demande de réaliser un premier dépôt d’un « petit montant (400 euros) » dans chaque cas, par virement.

Ce premier filtre élimine plus d'une dizaine de sites sélectionnés. Neuf ouvertures de comptes sont réalisées « sans aucun justificatif », après avoir effectué le virement. Parmi les neuf sites concernés, un seul ne dispose pas d'agrément, tous les autres étant agréés par le régulateur financier chypriote.

Des relances commerciales « agressives »

Le procédé est alors le même pour chacun des sites testés : « Une fois le compte ouvert, un conseiller rappelle l’internaute ». Le discours se veut alors rassurant, le « conseiller » insistant sur la facilité de l’outil de trading proposé et sur les paris souvent gagnants : « Un taux de réussite de 100% n’existe pas, mais vous pouvez partir sur trois trades gagnants sur cinq », souligne ainsi un « coach » au testeur de l'AMF. Le risque de perte en capital est clairement « minimisé » selon l’institution.

Puis « l'engrenage commercial est infernal » selon Natalie Lemaire, directrice des relations avec les épargnants, dont les propos tenus lors de la conférence de ce mercredi ont été retranscris sur Twitter. Les conseillers insistent ainsi parfois de façon « agressive », à l’image de cette citation tirée du récit de l’AMF : « Je distribue un bonus pouvant aller de 50 à 100% mais uniquement si vous communiquez vos coordonnées bancaires à notre service financier. On peut faire de bonnes transactions en fin d’année et le bonus vient grossir le capital investi. » L’argument du « bonus » revient ainsi de façon récurrente selon l’Autorité.

Des demandes de retraits non honorées

Mais le visiteur mystère fait surtout part de son sentiment d’insécurité : des confirmations parfois inexistantes suite à un passage d’ordre, l’impression de visualiser un compte de démonstration et non un compte réel, des paris perdus à la dernière seconde, etc. Et des indicateurs défaillants : « La revente avant son terme d’une option binaire, gagnante au moment du clic, s’avère perdante en raison d’un décalage (non annoncé) de 5 minutes dans la prise en compte du cours », raconte l’AMF.

Quand l’internaute testeur a souhaité retirer ses fonds, il s’est vu opposer des conditions ou un discours commercial l’incitant à réinvestir. Bilan : le visiteur mystère « n’a pu récupérer ses fonds, en totalité ou partiellement, qu’auprès de deux sites seulement », sur les neuf testés, plusieurs semaines après les demandes de retraits.

Une proposition de loi « transmise à Bercy »

L’AMF a souhaité mener cette expérience après avoir dressé un constat : de 2013 à 2014, les réclamations liées au Forex ou aux options binaires auprès de l’Autorité ont quasiment doublé, passant de 666 à 1.293. A titre de comparaison, en 2011, seules 64 réclamations avaient été adressées à « Epargne info service ».

Ce mercredi, le secrétaire général de l’AMF, Benoît de Juvigny, a donc répété ce que son président avait déjà révélé à la mi-mars : « L'AMF propose une réforme législative en France pour interdire la publicité sur les produits les plus toxiques », la responsabilité de désigner les produits à interdire devant selon cette proposition incomber au régulateur financier. « La proposition a été transmise à Bercy », a précisé Benoît de Juvigny.

(1) La « liste noire » de l'AMF concernant les sites proposant aux particuliers d'investir sur le Forex recense actuellement 65 sites, la liste options binaires en recense 189. Ils font l'objet de nombreuses publicités sur le web.

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© cbanque.com / BL / Avril 2015

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