Comme promis par François Hollande, le chef de l’Etat, à la suite de la mise en examen pour blanchiment de fraude fiscale de Jérôme Cahuzac, les 38 membres du gouvernement, Premier ministre inclus, ont publié hier leurs déclarations de patrimoine. L’occasion de faire le point sur leur profil bancaire. Préfèrent-ils les banques commerciales ou mutualistes ? Le Livret A ou les actions ?

Sans surprise, compte tenu de leur niveau de salaire - 14.910 euros bruts mensuels pour le Premier ministre, 9.940 euros pour les ministres, sans compter les avantages en nature (logement de fonction notamment) et le possible cumul avec les revenus de leurs mandats locaux - et de leur âge moyen - presque 60 ans - les ministres font partie des 10% de la population française la plus riche. Tout au moins si l’on s’en tient au montant moyen de leur patrimoine, au 31 mars 2013 : selon le comptage effectué par le quotidien Le Monde, il s’élève à 913.549 euros. Soit près de quatre fois plus que le patrimoine moyen des Français, 229.300 euros début 2010, selon l’Insee.

Toutefois, dans le détail, il existe, au gouvernement, comme dans l’ensemble de la société, d’importantes disparités. Ainsi, le ministre le plus fortuné - Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et héritier d’une famille de marchands d’art (6,5 millions d’euros), affiche un patrimoine 60 fois plus important que la fortune la plus modeste du gouvernement, Najat Vallaud-Belkacem, porte-parole et ministre des Droits des femmes (106.830 euros). Au total, toujours selon Le Monde, huit ministres sont millionnaires (1), principalement grâce à leurs biens immobiliers.

Quelles sont les banques favorites des ministres ?

Qu’en est-il du profil bancaire des ministres ? Tout d’abord, ils sont généralement multibancarisés, ce qui est assez logique étant donné leur niveau de revenus et le fait qu'ils aient, pour certains, plusieurs prêts immobiliers en cours. Tous produits bancaires confondus, voici le classement des banques les plus utilisées par l’actuel gouvernement :

  1. La Banque Postale (12 ministres en sont clients)
  2. Caisse d’Epargne (8)
  3. BNP Paribas, LCL et Crédit Agricole (7)
  4. Société Générale et Banque Populaire (6)
  5. Crédit Mutuel (5)
  6. Crédit Coopératif (4)
  7. CIC et Crédit du Nord (2)
  8. HSBC, Crédit Maritime, Crédit Municipal, BESV (Banque privée italienne) (1)

Aux deux premières places, les ministres plébiscitent donc des banques qui ont des liens historiques avec l’Etat. La Banque Postale est ainsi une société anonyme à capitaux 100% publics, via la Caisse des Dépôts et Consignations notamment. A ce titre, elle est dépositaire de missions de service public, notamment l’obligation de fournir un Livret A à toute personne qui en fait la demande. La Caisse d’Epargne, de son côté, est restée longtemps dans le giron de l’Etat, avant de devenir une banque mutualiste en 1999.

Peu d’actifs risqués

Autre point commun avec les Français, les ministres semblent partager leur aversion pour le risque en matière d’épargne. Seuls 16 ministres sur 38 possèdent dans leur patrimoine des valeurs mobilières, et six d’entre eux se contentent de détenir quelques parts sociales de leurs banques. Peu ont investi directement en achetant des parts dans des entreprises : c’est le cas néanmoins de Laurent Fabius, de George Pau-Langevin, ministre déléguée chargée de la Réussite éducative, de Pascal Canfin, ministre délégué en charge du Développement (qui investit dans le secteur coopératif) et de Yamina Benguigui, ministre déléguée chargée de la Francophonie (qui a investi dans sa propre société de production).

Ils sont plus nombreux en revanche - 21 précisément - à avoir opté pour l’assurance-vie. Certains modestement (239,66 euros sur un contrat BNP Paribas Cardiff pour Manuel Valls, le ministre de l’Intérieur) ; d’autres de manière plus substantielle (516.349 euros pour Laurent Fabius). L’encours moyen des contrats des membres du gouvernement (parfois possédé en commun avec leur conjoint) s’établit ainsi à un peu plus de 75.000 euros. 21 ministres, également, possèdent un compte sur livret fiscalisé. Là aussi, d’importantes disparités existent, des 432.794 euros déposés par Michèle Delaunay, la ministre chargée des personnes âgées et de la dépendance, sur un compte sur Livret Crédit Agricole, aux 16,96 euros de Manuel Valls, encore lui. L’encours moyen atteint cette fois 48.587 euros.

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Appétence pour l’épargne réglementée

Les ministres du gouvernement Ayrault apprécient également l’épargne réglementée. A l’image des Français, tous ou presque possèdent au moins un Livret A, un Livret de développement durable (LDD) ou un produit d’épargne logement (CEL et PEL). Il existent toutefois des exceptions : Laurent Fabius qui, on l’a vu, préfère l’assurance-vie ; Michel Sapin, le ministre du Travail, dont tous les avoirs sont investis dans l’immobilier ; Victorin Lurel, ministre de l’Outre-mer ; Pascal Canfin ; et enfin, plus surprenant, Pierre Moscovici, le ministre des Finances, qui n’a donc pas profité des relèvements de plafonds du Livret A et du LDD qu’il a récemment mis en œuvre.

A l’inverse, certains ministres possèdent toute la panoplie des produits d’épargne réglementée. Et certains semblent même avoir omis les règles en matière de multi-détention : un Livret A par personne, un LDD par contribuable. Les déclarations, de ce point de vue, ne sont pas toujours très claires, quelques ministres omettant de préciser le nom des titulaires des comptes, qui peuvent avoir été ouverts par leurs conjoints ou pour leurs enfants. Mais certaines étonnent tout de même.

Hormis Kader Arif, le ministre délégué chargé des Anciens Combattants, qui déclare à la fois un Livret A et un Livret bleu, ce qui n’est autorisé qu'à condition qu'ils aient été ouverts avant le 1er septembre 1979, les ministres semblent avoir intégré la règle concernant le Livret A. C'est plus problématique, semble-t-il, pour le Livret de développement durable. Ainsi, Anne-Marie Escoffier, ministre déléguée en charge de la décentralisation, et Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, en déclarent chacun deux, dans deux banques différentes. Michèle Delaunay, elle, en déclare un total de quatre, avec son conjoint. C’est au moins deux de trop.

(1) En plus de Laurent Fabius, Michèle Delaunay (5,2 millions d’euros), Michel Sapin (2,1 millions), Jean-Marc Ayrault (1,5 million), Victorin Lurel (1,4 million), Arnaud Montebourg (1,3 million), George Pau-Langevin (1,1 million) et Marisol Touraine (1 million)